FutureNow
Face au chaos, à des mouvements sociaux de grande ampleur, des flambées de violence, Yuval Pick questionne son rôle de chorégraphe-transmetteur dans un présent qui ressemble déjà à l'avenir ; il souhaite plus particulièrement s’adresser aux jeunes générations qu’il invite à sérieusement considérer de nouvelles façons d’élaborer un espace de vie commun. 

Avec ce nouveau projet favorisant l’expression du plein potentiel créatif de chacun de ses interprètes-créateurs, Yuval Pick explore des formes et des pratiques pour un monde en mutation. Il met en mouvement de nouvelles façons d’accueillir l’altérité dans toute sa singularité pour fonder une nouvelle utopie s’appuyant sur une forme créative d’intelligence collective. 

Si les temps individuels semblent désynchronisés et le lien social plus erratique, le chorégraphe tente d’organiser un rythme commun ; il s’associe avec Max Bruckert pour élaborer un dispositif sonore permettant aux danseurs d’entremêler leur voix, leur partition à des sons préenregistrés de différents traditions et cultures. 

Dans une perspective dynamique, Yuval Pick réactualise le modèle de société idiorrythmique développé par Roland Barthes (Comment vivre ensemble, 1976-1977) qui repose sur une conception souple de la contrainte : pas de règles rigides mais des incitations qui orientent la relation à autrui selon des modalités associatives. La coordination des rythmes individuels avec ceux du groupe fait l’objet d’un choix parmi différents possibles, qui répond à un besoin. 

Il aborde cette complexité en ouvrant les portes de l’insolite, de l’extra- ordinaire loufoque, en joignant à cette aventure Paul Andriamanana qui par ses costumes surdimensionnés, colorés, nous invitent à dépasser les limites du corps et de l’imagination. 


In Vivo

Cette nouvelle création s’inspire d’une citation « le danseur produit en se mouvant les mêmes courbes, les mêmes droites que le peintre et le sculpteur inscrivent dans la matière immobile […] l’art est chaque fois une orchestration de présences, dans le temps et dans l’espace » (František Kupka, 1923). 
Yuval Pick y questionne la notion de plasticité dans la danse, le rapport entre la danse et l’image en mouvement, la danse comme rythme et comme mesure, notamment dans sa relation à l’architecture. 

Vecteur d’expressivité et de subjectivité, l’engagement corporel est en effet valeur commune aux arts visuels et arts vivants, qu’il soit engagé pour lui-même ou dirigé vers une création sur un support. Par des mouvements transverses qui circulent entre le centre et la périphérie du corps et induisent des rotations et des torsions, Yuval Pick entend ainsi mettre à l’épreuve l’extension maximale permise à l’échelle du corps ; il fait  alors surgir selon l’amplitude du geste et la forme du mouvement différentes spatialités qui permettent selon une progression allant de la ligne aux polyèdres la construction d’un espace à la mesure d’une œuvre. Dans cette entreprise, Yuval Pick s’associe à l’artiste peintre Cécile Bart dont le travail scénographique laisse émerger, une variété de formes pictographiques hétérogènes révélant par un jeu de superpositions de membranes translucides une mosaïque chromatique en apesanteur. L’infinité de combinaisons possibles entre des spatialités corporelles, des trajectoires chorégraphiques, des volumes produits par la rencontre de formes géométriques et le passage de la lumière s’envisagent comme autant d’entrées spatiales dans l’univers du chorégraphe.
 

L’écriture chorégraphique s’enrichit encore par un travail sur la voix et la diffusion du son ; inspiré par la lecture de la Chambre claire de Roland Barthes, Yuval Pick cherche alors par la sollicitation immersive des sens à rendre possible le passage du studium, ce qui appartient à l’enveloppe culturelle et sociale, à la structure d’intentionnalité du dehors, à celui du punctum, ce hors-champ subtil qui pointe, cet indicible, ce hasard qui perce, vient éveiller en soi quelque chose, une zone sensible, la touche, la pique, la rend vivante.